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02.09.2016
Mes propositions de lecture pour cet été

Illustrations par Mr Mael Noubissie

 

Publié prédemment sur le site  Mr Afropolitan

 

L‘été est là. Enfin ! Avec sa chaleur suffocante,  ses couleurs étincelantes et ses effluves florales Fini les cols roulés et les manteaux épais. Fini les journées passées au fond des chambres surchauffées ou près de cheminées ardentes  à attendre inconsolablement le soleil.  Fini les couleurs qui rappellent le désespoir. L’été est là. Voici venu le temps des rires et des fêtes. Le temps des longues promenades et des lectures à la plage. Le temps des voyages.

En parlant de voyages… Je me charge à travers ces mots, de vous proposer des destinations de rêve. Je vous amènerai au Cameroun, à New York, au Ghana. Et tenez-vous tranquilles ! Sans que vous n’ayez à prendre l’avion. Un voyage sans visa, sans contrainte. Un voyage que vous pouvez effectuer enfoncé dans votre fauteuil ou sur votre lit. Un voyage vers l’amour, le rire et la passion Un voyage en littérature…

J’ai choisi de vous proposer trois livres. Trois romans d’auteurs africains que j’ai particulièrement aimés pour la fraîcheur des thématiques traitées et la qualité de l’écriture. Et surtout, parce que ces livres sont disponibles au moins en français et en anglais et disponibles en version papier et/ou numérique.

VOICI VENIR LES RÊVEURS D’IMBOLO MBUE

IMBOLOMBUE - A LIRE EN ETE - AFROPOLITAN

C’est le livre le plus attendu de l’année. Alors qu’il n’est pas encore disponible, Voici venir les rêveurs d’Imbolo Mbue est déjà en tête de toutes les listes de livres à lire cette année, en tête des ventes de livres sur Amazon et Ibooks. Pour comprendre le phénomène «Imbolo Mbue », il faut remonter deux ans en arrière : en 2014, à la foire de Francfort, Random House achète pour 1 million de dollars (Eh oui ! 1 million) le roman qui porte alors encore le titre The longings of Jende Jonga . L’histoire fait couler beaucoup d’encre et de salive. De quoi parle le livre ? Quelle serait sa particularité ? Sa force ? Qui est cette Imbolo Mbue que personne ne connaît ? Ce sont les questionnements qui nourrissent la curiosité des lecteurs depuis deux ans.

L’attente va bientôt toucher à son terme puisque le livre sort (Enfin !) le 18 Août prochain. Et déjà, les commentaires élogieux au sujet du livre se succèdent. Certains vont même jusqu’à la  comparer à l’immense Chimamanda Ngozi Adichie auteure de l’excellent L’autre moitié du soleil  ou encore du récent Americanah.

C’est donc avec beaucoup d’excitation que j’ai entamé la lecture de ce livre qui raconte l’histoire de Jende Jonga, un immigré illégal camerounais qui décroche le boulot de chauffeur de Clark Edwards, riche banquier à la Lehman Brothers à New York  pendant la récession de 2008. D’une part, Jende et sa famille (son fils Liomi et sa femme, étudiante qui travaille de manière acharnée pour devenir pharmacienne) qui sont menacés d’expulsion du territoire américain, vont faire des pieds et des mains pour obtenir la fameuse «Green Card » qui leur permet de rester sur le territoire et de poursuivre leurs rêves. D’autre part, la famille de Clark Edwards qui vit certes loin des menaces d’expulsion et des problèmes financiers, est secouée à la fois par les pressions  professionnelles de Clark mais aussi par les instabilités et les conflits en son sein. Voilà l’histoire que nous raconte Mbue. Juste ça !

Mais alors ! La plume de la camerounaise excelle en précision et en intelligence. C’est une auteure qui peut absolument tout raconter, qui peut donner vie et beauté à toutes les histoires, des plus simples et banales aux plus complexes. Quelle force de description !

Nous ne sommes qu’en Août mais je peux déclarer que ce livre est mon coup de cœur de l’année.

Voici venir les rêveurs. Edition Belfond, 2016.

En anglais, Behold the Dreamers, Random House. 2016

LE RAVISSEMENT DES INNOCENTS DE TAIYE SELASI

TAIYESELASI - A LIRE CET ETE - AFROPOLITAN

Deux ans et demi que je l’ai lu mais je ne suis toujours pas remis de ma lecture, tant ce livre est complexe, tant chaque mot, chaque ponctuation de ce récit est lourd de signification. Attention, ceci n’est pas un livre pour les enfants et les lecteurs impatients!  Lire ce livre demande un certain niveau  intellectuel pour pouvoir aller chercher l’histoire derrière la beauté et la musicalité ambiguë des phrases. Lire ce livre requiert beaucoup d’imagination.

Pour ceux qui ne le savent pas, Mrs Taiye Selasi est une romancière britannique d’origines nigériane et ghanéenne. C’est elle qui, pour la première fois, dans son texte titré Bye-Bye, Babar (Ou: Qu’est-ce qu’un Afropolitain?)  a expliqué le sens et l’utilité du mot «afropolitain ».

Avant de la rencontrer  en  début d’année 2015, j’avoue que j’interrogeais la nécessité de ce que d’aucuns appellent aujourd’hui la notion d’ « afropolitanisme ». Mais la romancière me l’a expliqué à la lumière de son expérience d’africaine née en Angleterre et ayant vécu en Amérique et en Europe. Et j’ai compris. Elle m’a convaincu. Je me garde de m’étendre sur la question. Ce n’est ni le moment, ni le lieu.

Pour mieux comprendre, je vous invite à lire son texte ou/et à l’écouter ici : Ask where I’m local

Son roman s’inscrit résolument dans cette idéologie. Elle raconte l’histoire de la famille Sai, ayant à sa tête Kweku, chirurgien  ghanéen qui meurt à la suite d’une crise cardiaque. La mort de Kweku marque l’heure des retrouvailles des membres de la famille longtemps en froid, l’heure des aveux , l’heure des déchirements, l’heure du retour en Afrique, l’heure du retour vers soi.  La prose est belle et élégante. Un des moments que j’ai le plus apprécié pendant ma lecture :

« Son cœur se serre une seconde fois devant l’existence de la perfection et de son obstination à exister dans le plus vulnérable, devant son propre refus -d’une cohérence remarquable- d’en être chaviré. Une cohérence désolante. La malédiction de la lucidité. Quelle que soit la corde qu’il tire de cet affreux nœud : (a) la futilité de la lucidité étant donné la fatalité de la beauté, une beauté infiniment moins présente au sein de la fragilité dans un pays où une mère encore ensanglantée doit enterrer son nourrisson, se laver au jet et rentrer chez elle pour piler l’igname. (b) la constance de la beauté, même au sein de la fragilité! Une goutte de rosée avant l’aurore qui s’évaporera dans quelques instants, dans un jardin du Ghana, le Ghana luxuriant, le Ghana doux, le Ghana agréable, le Ghana verdoyant où périt tout ce qui est fragile »

Puissant n’est-ce-pas ?

Le ravissement des innocents,  Editions Gallimard, 2014

En anglais, Ghana must go, Penguin Books, 2013

 

TRAM 83 DE FISTON MWANZA MUJILA

TRAM83 - TAIYESELASI - A LIRE CET ETE - AFROPOLITAN
Voici un livre qui va vous entraîner dans les méandres des plaisirs  et de la mafia nocturne. L’alcool, la prostitution, la drogue… Tout ce que la nuit regorge de dangereux, d’exécrable et de laid. L’écrivain congolais réussit, grâce à un style resplendissant de poésie à nous faire lire et entendre la laideur. C’est aussi ça la force de la fiction : nous faire lire ce que la gravité de la réalité nous contraint à ignorer.  C’est donc indéniablement un auteur à suivre. Un petit aperçu des prix qu’il a raflé depuis la sortie de son livre :

  • Grand Prix des Associations Littéraires, catégorie Belles-Lettres (Afrique) – 2015
  • Prix Etisalat de littérature – 2016
  • Finaliste du Prix Première – 2015
  • Finaliste du Prix du roman des Etudiants Télérama – 2015
  • Grand Prix SGDL du 1er roman – 2014
  • Prix de littérature de la ville de Graz – 2014
  • En première sélection du Prix de la page 111 – 2014
  • En première sélection du Prix Wepler – 2014
  • Prix Etisalat 2015

Rien que ça !

Tram 83,  Éditions Métailié, 2014

En Anglais, Tram 83, Deep Vellum Publishing, 2015

Bonne lecture !

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