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30.04.2016
Le Christ selon l’Afrique de Calixthe Beyala

 

 

Cela faisait quatre longues années que j’étais en attente d’un nouveau roman de Calixthe Beyala, après ma lecture de son livre «Le roman de Pauline ». Comprenez donc l’émotion qui m’anima à l’annonce de la sortie de son nouveau roman “Le Christ selon l’Afrique” aux éditions Albin Michel…

Quatre ans donc, que la romancière à succès s’était faite discrète sur la scène littéraire qu’elle occupe depuis près de vingt-cinq ans. Et comme à chaque sortie d’un livre de Beyala, je m’attendais à une œuvre majeure, un roman non complaisant, dégoulinant de vérités puisées dans nos réalités et je ne m’étais pas trompé…

Il y’a d’abord ce titre : « Le Christ selon l’Afrique » Titre fort, intriguant voire choquant, qui donne lieu à d’interminables spéculations sur le contenu de l’œuvre. Je n’ai point oublié les débats épineux qui succédèrent à l’annonce du titre du bouquin. Les supputations rivalisèrent en originalité. Les réflexions s’entrechoquèrent. Certains internautes n’aimaient pas le titre, arguant de son caractère « religieux» tandis que chez d’autres, il faisait grossir l’envie de lire le livre. Fidèle à elle-même, la dame ne donna aucun indice pour nous faire languir encore plus.

Ensuite cette couverture… Il faut saluer le travail du maquettiste qui a non seulement conçu une image qui reflète parfaitement l’histoire mais aussi une œuvre d’art des plus pittoresques.

                                                                      Le Christ dans  Le Christ selon l’Afrique 

Il est partout, le Christ dans le Douala que nous dépeint Calixthe Beyala. Il bonde les bars de Kassalafam, ville où se déroule l’histoire de Boréale, héroïne du roman. Il est célébré dans les rues chaudes animées par les discussions houleuses des habitants autour de la religion, de la politique etc…. Le Christ est naturellement aussi présent dans les nouvelles églises qui prolifèrent et dont les pasteurs ou « prophètes » possèdent une place si importante que les chrétiens en arrivent à les appeler « papa » :

« Il y avait là des syphilitiques, des tuberculeux invétérés, des sidéens stade terminal, des cancéreux de la prostate, des leucémiques déjà en possession de leur ticket pour l’au-delà… Ils dormaient, baisaient, priaient surplace pour ne pas louper l’arrivée impromptue du Christ qui avait l’art de produire des miracles sans crier gare et tant pis pour les absents.

Dès que nous arrivâmes, les malades se mirent en régiment de combat, prêts à défendre « papa », comme ils affectueusement le prophète. » Pages 118-119

Evidemment, le Christ ne fait pas l’unanimité. En bon rebelle, Homotype, l’amoureux de la petite Boréale n’hésitait pas à appeler ses concitoyens à plus de lucidité:

« Homotype tenta en vain de dire que la religion était une ruse pour mater les vaincus. Que croire en Jésus était une compensation à la misère quotidienne ! Que la parole biblique était un cyclone malsain qui ventait nos cranes neocolonisés ! Que le prophète n’était qu’un proxénète qui nous délestait à la fois de monnaie et de toute chance d’épanouissement ! Qu’il nous escroquait et qu’on avait la débilité si chevillée au cours qu’on le payait pour nous couilloner ! »Page 121

                                                                 La condition de la femme dans le roman

Tous ceux qui suivent Calixthe Beyala de près, comme moi, savent que la romancière est une militante invétérée de la cause féminine et cela se ressent à la lecture de son œuvre. Les femmes animent le roman. Elles font le roman. On a d’abord Boréale le personnage principal qui n’a que vingt ans mais qui, en dépit du caractère rébarbatif de sa mère participe aux dépenses familiales en travaillant comme femme de ménage. C’est une jeune fille désabusée, un peu folle mais qui peut faire montre d’une perspicacité étonnante :

« Alors je dis :

-L’Afrique est sur la croix. L’Afrique c’est Jésus. Elle meurt pour que le reste de l’humanité vive. C’est son sang que le prêtre boit tous les dimanches. C’est son corps, l’hostie pour sauver les hommes. » page 126

On a également la patronne de Boréale, Sylvie, peintre, instable sentimentalement et Mina la cuisinière tantôt agréable, tantôt agressive à l’endroit de sa collègue Boréale. Les trois femmes, qui se considèrent comme des mal aimées parlent de leur condition de femmes, des hommes, de l’amour :

« Après avoir écouté l’histoire de Madame, j’en conclus qu’il existait des hommes qu’il valait mieux ne pas laisser entrer dans sa vie, les trop jeunes, les trop beaux, les trop menteurs, les trop coureurs de jupons, les trop pingres, les trop obsédés sexuels, les pauvres de la cervelle, les trop riches du cerveau, tous ces hommes trop quelque chose qui vous donnent la tête grise et vous flanquent l’envie de vous jeter du haut d’une falaise. » page 57

                                                                 Boréale, mère porteuse (donneuse)…

Dès le début de l’histoire, l’héroïne est intriguée : sa tante M’am Dorota, stérile lui propose de porter son enfant :

« -Boréale, ma fille, je venais te voir ! s’exclama-t-elle en m’embrassant sur les deux joues. Elle ne me laissa pas le temps d’une respiration et enchaina : As-tu pensé à ma proposition ? Pendant neuf mois, tu n’auras pas à porter plus lourd que tes vêtements. De la conception jusqu’à l’accouchement, t’auras voiture de fonction, spaghettis d’Italie, fromage d’Espagne, riz thai à volonté. Qu’en dis-tu ? » page 12

Mais Boréale va longuement hésiter avant de finalement céder. Je ne vous raconterai pas la suite…

Beyala nous sert une fois de plus un récit rythmé , fort coloré, suintant d’humour, riche en personnages truculents. Le roman est jonché de chansons d’amour, d’espoir, truffé de néologismes , pour le plus grand plaisir du lecteur que je suis. Je vous recommande vivement le roman !

Le Christ selon l’Afrique (mars 2014)

Editions Albin Michel

Format : 205 mm x 140 mm

272 pages

EAN13 : 9782226256010

Prix : 19.50 €

 

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Mot sur l’auteur : Calixthe Beyala est l’auteur de plus de vingt livres. En 1994, elle obtient le grand prix littéraire d’Afrique noire pour Maman a un amant ; en 1996, le grand prix du roman de l’Académie française pour Les Honneurs perdus et en 1998, le grand prix de l’Unicef pour La Petite Fille du réverbère.

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