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01.05.2016
La boue de Saint-Pierre de Ralphanie Mwana Kongo

S’il y a quelque chose qui m’a toujours fasciné chez les artistes congolais c’est bien leur créativité débordante. J’ai toujours eu beaucoup de plaisir à les écouter parler, chanter, les regarder danser etc … Je suis un grand consommateur de ce qui vient de cette partie du continent, du point de vue culturel, mais pourtant je n’ai qu’une faible connaissance de sa littérature. De fait, il me tardait d’entamer La boue de Saint-Pierre de la congolaise Ralphanie Mwana Kongo.

L’histoire

Saint-Pierre est un quartier pauvre de Tanu, un pays imaginaire d’Afrique centrale dont la noirceur de la boue est aussi effroyable que les mœurs des habitants. Corruption, Inceste, banditisme, prostitution. C’est dans ce tourbillon de cynisme que baignent les personnages du roman de Ralphanie Mwana Kongo. Pelagie vit dans une pauvreté extrême avec son compagnon Brice, impulsif et alcoolique, tandis que son frère Gaspard, gagne mieux sa vie en travaillant comme couturier. Les deux ont grandi dans l’ombre de Monique leur mère, qui élève les deux enfants issus de l’inceste entre Pelagie et son père, et qui extorque de temps à autre de petites sommes d’argent à son fils. Mais en dépit de son enfance difficile, Pélagie va stoïquement braver les épreuves de la vie , pour finalement quitter son mari et voler de ses propres ailes. Gaspard quant à lui est un homme naïf et sans caractère. Il mène une vie calme avec sa femme Louisa jusqu’au jour où Ferdinand Moto va faire irruption dans leur vie. Qui est cet homme ? Quelles sont ses intentions? Qu’est-ce-qui justifie ses gentillesses répétées à l’endroit de Gaspard` ? Et les regards qu’il jette à Louisa ?

Ralphanie Mwana Kongo, une feministe ?

« Ma mère m’a élevée toute seule. Elle faisait de son mieux pour m’offrir le nécessaire, mais je voyais bien que c’était difficile. Maman m’a toujours dit qu’il fallait que j’épouse un homme riche pour n’avoir jamais à connaître la faim ou me retrouver à porter des robes trouées. » Page 111-112

À force de lire des livres de femmes africaines (Vous savez que j’adore les plumes féminines. Rires…), je me suis rendu compte que la question de la condition de la femme africaine est une question récurrente. La Boue de Saint-Pierre n’a pas dérogé à cette « tradition ». Trois femmes tantôt désabusées, tantôt soumises ont capturé mon attention tout au long de ma lecture.

-Monique : C’est certes l’un des personnages les plus détestables du texte car elle est sadique mais ce n’est point une femme soumise, ce n’est point une femme faible. C’est le personnage que j’ai le plus aimé parce qu’elle n’est sous le contrôle d’aucun homme. Tout au contraire, elle contrôle tout et tous.

-Louisa : est une de ces africaines pour qui le mariage est une fin en soi, ces femmes qui vont épouser des hommes qu’elles n’aiment pas, des invétérées soumises. Ce qui compte pour elle, c’est de s’appeler Madame Untel. Et à quel prix !

-Pélagie : Voilà une autre africaine foncièrement soumise, mais ce qui est très intéressant c’est de la voir se relever après moult humiliations et la pauvreté dans laquelle elle vit. Pelagie va quitter son mari pour devenir indépendante. Pour moi, c’est un message fort lancé à l’endroit des femmes, celles qui sont encore à genoux. (Eh oui je suis féministe !)

Ralphanie Mwana Kongo, une plume majeure
La force de Ralphanie Mwana Kongo est indéniablement son style. Un style charmant, agréable et qui facilite la lecture. C’est impressionnant ! Il est assez rare d’observer une telle qualité stylistique chez un auteur de premier roman. Appréciez :« Saint-Pierre et sa misère ; ses enfants en guenilles qui dans la boue rivalisaient en diableries de tout genre : on les laissait dehors jusqu’à l’heure du repas du soir quelques fois ; cela faisait de la place dans les maisons, et accordait un brin de répit aux pauvres mères éreintées par les dures besognes du quotidien. » Je n’exagère pas si j’affirme que la beauté du style fait presque oublier la faiblesse de l’histoire.

La congolaise nous sert une œuvre à la fois majeure par sa forme et petite par taille. Ce serait intéressant de lire le prochain livre de cette auteure. Nous prépare-t-elle une deuxième partie ? Car il faut le dire, le récit manque de constance : Pélagie, l’un des personnages principal du texte disparaît au milieu du livre pour ne ressurgir qu’à la fin. C’est assez déroutant, puisque c’est sur l’histoire de cette dernière que s’ouvre le livre et d’entrée de jeu, on s’attache à elle.Pour moi , c’est une roman qui appelle une suite. Wait and see. Je recommande le fortement.

Ralphanie Mwana Kongo est née en 1983 à Brazzaville au Congo, plus tard elle arrive en France pour suivre des études en Relations Internationales. Elle est l’auteure d’un premier roman paru en janvier 2013 aux éditions l’Harmattan, intitulé La Boue de Saint-Pierre.

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