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01.05.2016
Jóa de Coco Mbassi

Si l’on vous dit « Coco Mbassi », vous répondrez sans nul doute « Iwiye ». Parce que Iwiye, issu de son album Sepia sorti en 2001 a marqué les esprits des amateurs de bonne musique au point de s’inscrire dans le registre des chansons camerounaises éternelles. Ce que beaucoup ignorent, c’est que le palmarès de Coco Mbassi est l’un des plus exemplaires de la musique camerounaise, voire africaine. Eprise de musique très tôt, la très talentueuse va se former en faisant les chœurs pour des artistes de renom tels que Salif Keita ou Manu Dibango. Plus tard, elle remportera le prestigieux prix Découvertes RFI avec la chanson “Muengue Mwa Ndolo”. C’était en 1996. Cinq ans après, elle confirma son talent en publiant son tout premier album Sépia, album fort influencé par le jazz et le Gospel que l’artiste affectionne beaucoup, et qui accorda à la camerounaise une reconnaissance internationale. Sisea nait quant à lui sort en 2003, toujours dans la même trame que son prédécesseur, mais encore plus mature, plus intime.

Il a donc fallu onze ans, pour donner corps à Jòa, le nouvel album de Coco Mbassi, que ses fans attendaient inlassablement. Onze ans donc, pour fignoler cet opus de douze titres, retour aux sources mais aussi melting-pot de plusieurs styles musicaux dans lesquels la chanteuse excelle.

Jòa s’ouvre sur le titre Blubridge, introduction douce, chaleureuse dans laquelle la chanteuse harmonise divinement. On aurait dit un échauffement vocal. Madoi quant à lui vous prend dans ses bras, parle à votre âme à travers la voix enjôleuse de la chanteuse. C’est une sorte de berceuse qui apaise et qu’on aimerait tous que l’on nous chante par nos moments d’inquiétude, d’anxiété. Le trio Tribalism-Dibongo-Diwuta est indéniablement le moment fort de l’album. L’instrumental de Tribalism vous donne l’impression que vous vous trouvez dans une forêt d’Afrique dans toute sa pureté, sa sincérité. Cette chanson a un fort potentiel et j’espère que la chanteuse songera à y attribuer un beau visuel parce que le message est universel, symbolique. Coco Mbassi, dans un anglais et un Douala remarquables, exhorte les peuples du monde à se défaire des discriminations pour épouser l’unité et l’amour. Les sons de guitare maitrisés dans Dibongo lui confèrent un aspect si particulier, aérien. Le texte est merveilleusement bien écrit, dans un douala soutenu, poétique. C’est aussi le cas de Diwuta qui est de loin la plus belle chanson de Joà. Ce titre contient tous les ingrédients d’un tube : Instrumental parfait, la voix mielleuse, et le refrain qui s’inscrit dans la mémoire et ne s’en défait plus. Un autre chef d’œuvre qui mérite un vidéogramme pour bénéficier d’une plus grande visibilité.

0caa94_3ec7b8b2f9384fcca3681a3feb9a0307Je savais Coco Mbassi fan de Dina Bell mais j’étais loin de me douter qu’elle rendrait hommage au grand artiste qu’il est. C’est aussi ça Coco Mbassi : la reconnaissance ! Le respect des ainés ! L’humilité ! La simplicité ! Bazor est un titre qu’on aurait bien pu retrouver dans un album de Dina Bell, tant il suinte de beauté. Ecrit en douala poétique digne des légendes comme Ben Decca, Richard Bona etc. Il est assez difficile de classer Atele dans un style musical précis car il est dansant et profond à la fois, rappelle l’Afro-jazz et le Makossa. C’est le genre chanson qui vous file l’envie de vous trémousser en concert.

C’est au son des balafons que l’album est clôturé sur la chanson Makaki qui révèle une fois de plus l’étendue de la voix de Coco Mbassi et la facilité avec laquelle elle arrive à transmettre des émotions, même sur des thèmes dansants.

Jòa brille enfin par l’engagement de la très belle Coco Mbassi , sa spiritualité et aussi par la maturité. Cela semble absurde de le dire car l’on sait Coco Mbassi déjà très mature, intelligente dans sa façon de concevoir ses textes, de poser sa voix. Mais elle vient une fois de plus se rapprocher de la perfection. Il est assez rare chez nos artistes de produire de tels albums exempts de faiblesse, excellents sur tous les plans, et extrêmement abouti. L’album fait pleurer, pousse à réfléchir sur notre propre existence ; il apaise, mais fait aussi et surtout danser. Coco Mbassi est une sorte de Sade made in Cameroun ; on peut le crier sans risque de se tromper. Courez acheter son album. Vous ne le regretterez pas.

 

https://www.youtube.com/watch?v=T68wSg6augI

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